• 22, 27, 28 mai 1963 : l'affaire Lambrakis (Z)

          Le 22 mai 1963, au soir,  à la sortie d'une conférence sur la paix à Thessalonique, le député apparenté socialiste du Pirée, Grigoris Lambrakis / Γρηγόρης Λαμπράκης est violemment frappé à la tête par deux hommes de main de l'extrême-droite : il meurt le 27 mai *, sans avoir repris connaissance. 

     

    22, 26, 28 mai 1963 : l'affaire Z

    Sculpture de Vassilis Doropoulos située à l'endroit où eut lieu "l'accident" (rues Venizelou et Ermou).

    Le "jardinet" est - hélas - un peu délaissé... (Avril 2015)

           

           Avant même que la conférence ne commençât, un attroupement s'était formé sur la place - dont des policiers en civil - criant des slogans hostiles et injuriant les personnes qui allaient écouter Lambrakis. Aucune mesure de sécurité sérieuse n'avait été prise et les policiers en uniforme présents (et nombreux) étaient complètement passifs. Ils ne sont jamais intervenus pour mettre un peu d'ordre et éloigner ces manifestants, visiblement connus d'eux et protégés (Etat parallèle). A l'époque, Etat et Etat parallèle étaient les deux faces d'une même monnaie. Quant au Palais, il est au service des intérêts des USA qui voient des "rouges" partout

         A son entrée dans la salle de conférence, un de ces malfrats avait réussi à frapper Lambrakis à la tête... Blessure légère qui ne l'empêcha pas de faire son discours, mais c'était  un signe inquiétant. Et l'autre député de gauche qui l'accompagnait à ce moment-là, Giorgos Tsaroukhas, fut grièvement blessé.

         A la sortie, alors que Lambrakis s'apprêtait à gagner son hôtel, tout proche, un triporteur déboula (les rues adjacentes avaient été pourtant bouclées), s'approcha et renversa le député : au passage, celui qui se tenait à l'arrière, dans la caisse du triporteur, le frappa violemment à la tête avec une barre de fer.  Aucun policier n'avait tenté d'arrêter le bolide, et aucun n'intervint pour poursuivre le triporteur, et aucun ne porta secours au blessé qui fut embarqué dans un véhicule étrangement posté là et transporté à l'hôpital. Lambrakis mourut quelques jours plus tard sans avoir jamais repris connaissance. 

          Cet assassinat politique, qui ne put être perpétré que grâce à la complicité de hauts gradés  de la police et de l'armée,  bouleversa la Grèce : le jour de ses  obsèques à Athènes, le 28 mai, le convoi funéraire fut accompagné d'une foule immense de plus de 500 000 personnes dénonçant le meurtre. 

    "Ζει, ζει, ζει" "Il est vivant, il est vivant, il est vivant"  

    22, 27, 28 mai 1963 : l'affaire Lambrakis (Z)

    Dessin de Minos Argyrakis  dans Avgi du 28 mai 1963, jour des funérailles de Lambrakis.

         Les protestations furent d'une ampleur telles que le gouvernement de Caramanlis dut démissionner trois semaines plus tard, le 11 juin et Caramanlis s'auto-exila à Paris : un nouveau gouvernement fut constitué avec comme Premier Ministre Pipinelis, lequel deviendra ministre des affaires étrangères sous la dictature, quatre ans plus tard... 

            Grâce au sang-froid et au courage de Manolis Hatziapostolou / Μανώλης Χατζηαποστόλου** qui avait réussi à sauter dans le triporteur, les deux malfrats purent être rattrapés et identifiés, mais les autorités politiques et policières firent tout pour promouvoir la version de l' "accident", et quand le contraire fut démontré, grâce à l'obstination du juge d'instruction Sartzetakis et à celle de trois journalistes (Voultepsis de Avgi, Bertsos de Eleftheria, Romaios du Vima) qu'il s'agissait d'un assassinat, prémédité et téléguidé, les autorités, même preuves à l'appui, nièrent toute responsabilité et bien sûr toute collusion entre Etat et Etat parallèle.

            Le procès, commencé le 4 octobre 1966 se termine le 30 décembre 1966. Verdict des 10 jurés à l’unanimité : Le député Grigoris LAMBRAKIS  n’a pas été assassiné ... Dès l'arrivée des colonels au pouvoir, le procureur Delaportas dont les discours étaient un hymne à la Démocratie, à la Justice et à la Vérité, fut déchu de sa fonction.

            "Simple accident par suite de vitesse excessive" : pendant longtemps ce fut la version officielle, y compris dans les manuels scolaires.

            Il n'est pas de meilleur document sur cette affaire que Z (1969) le film que Costa-Gavras réalisa à partir du "roman" Z de Vassilikos (1966).

        * Lambrakis avait 51 ans, il était médecin-gynécologue et universitaire : c'était aussi un athlète de haut niveau, champion balkanique de saut en longueur (7,37m), organisateur de la 1ère Marche pour la Paix de Marathon à Athènes, prévue pour le 21 avril 1963. Cette marche ayant été interdite par le pouvoir, il la fit seul, protégé par son immunité parlementaire. Et un  mois plus tard, il est éliminé ... 

    22, 27, 28 mai 1963 : l'affaire Lambrakis (Z)

    Lambrakis partant du monument de Marathon, le 21 avril 1963 : 1ère marche pour la Paix, interdite

     

         ** Manolis Hatziapostolou, dit le Tigre, s'élança immédiatement à la poursuite du triporteur et réussit à sauter à l'intérieur : s'ensuivit une lutte acharnée avec les deux hommes, et il réussit à immobiliser le triporteur. Cet acte fut déterminant pour l'enquête.     

     Témoignage Grevias 50 ans après, ce membre de l'EDA témoin de ce drame raconte (en grec)

     

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  • Commentaires

    1
    penarbed
    Vendredi 22 Mai 2015 à 10:07

    Merci pour cet article

    2
    Vendredi 22 Mai 2015 à 15:58

    Merci de l'avoir lu !

    3
    Samedi 23 Mai 2015 à 23:57

    passionnant, merci Madeleine.

    Je fais suivre  l'article

    4
    Dimanche 24 Mai 2015 à 08:34

    Merci Marie-Aline, c'est très gentil de le faire suivre !

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