• A propos des réparations (Argyris Sfoundouris de Distomo)

           De façon tout à fait inattendue et donc, à la grande surprise des Grecs, le Président de la République Allemande, Joachim Gauck, dans un entretien au journal Südddeutsche Zeitung du 2 mai 2015, s'est déclaré favorable à une résolution du problème des réparations liées aux crimes de guerre commis en Grèce par l'occupant nazi. Certes le Président de la République allemande n'a qu'un pouvoir très limité, mais le président actuel est très respecté et sa parole a du poids. Angela Merkel a elle-même tenu des propos similaires, plus généraux néanmoins et qui, concernant la Grèce, restent quelque peu énigmatiques...

          Manolis Glezos, ce héros de la Résistance qui, à la barbe des Allemands, remplaça le drapeau nazi par le drapeau grec, n'a cessé de réclamer ces réparations, et avec encore plus d'insistance depuis la "crise". Alexis Tsipras est lui aussi revenu sur ce sujet de façon claire et déterminée, ce qui n'avait pas vraiment été le cas des gouvernements précédents : ce n'eût pas été, probablement, politiquement correct, et il ne fallait pas indisposer le partenaire dominant...

         Jusqu'à présent, les gouvernants allemands faisaient la sourde oreille, affirmant haut et fort que le Traité de Moscou avait définitivement clos cette affaire. Il avait été convenu, dans les années 1960, que les réparations dues à la Grèce seraient réglées lorsque les deux Allemagnes seraient réunies et que la paix serait établie, autant dire, à l'époque, aux calendes grecques...  Le traité de Moscou n'ayant pas été qualifié de Traité de paix, la question grecque, par ce tour de passe-passe, n'avait pas à être prise en considération...

          Depuis quelque temps, des personnalités politiques appartenant aux partis Die Linke, Verts, SPD, ont tenu d'autres propos. "Psychologiquement, il est parfaitement compréhensible que la Grèce se demande aussi, dans la situation actuelle, si les Allemands se sont toujours comportés de façon loyale." (Gesine Schwann SPD. Le Monde 5-5.05.2015).

    **************

          Joachim Gauck, Président depuis 2012, s'est rendu en mars 2014, en compagnie du Président grec Papoulias, dans le village de Liguiades (Epire) où le 03.10.1943, les nazis avaient tué plus de 80 personnes dont des dizaines d'enfants - en représailles. Ce village n'était qu'un parmi tant d'autres... 14 déc 43, Kalavryta   1105 victimes; 4 avril 44,  Klissoura : 233 ; 16 juin 44, Distomo : 218 ; 15 août 44, Kommeno-Arta : 317. Représailles selon la "loi" d'Hitler : 1 soldat tué = 10 civils grecs exécutés, 1 officier = 100 civils...

    Cf. une instruction d’Hitler du 16 novembre 1942* : « L’ennemi utilise dans ses bandes des combattants fanatiques. Si ce combat n’est pas mené avec les moyens les plus brutaux, d’ici quelque temps, les forces dont nous disposons ne seront plus suffisantes pour maîtriser cette peste. C’est pourquoi la troupe a le droit et le devoir d’utiliser dans ce combat tous les moyens, sans aucune exception, même contre les femmes et contre les enfants, si cela conduit au succès. Les scrupules, quels qu’ils soient, sont un crime contre la nation allemande.. »

         Argyris Sfondouris, survivant du massacre de Distoma, a joué un rôle fondamental dans cette prise de conscience : il a fait connaître les exactions commises en Grèce par l'occupant nazi, ce qui était largement ignoré des allemands, comme c'est (c'était ?) le cas d'un très grand nombre de Français. Tout récemment l'auteur d'un documentaire TV sur cette période disait avoir laissé les Balkans de côté pour ne pas brouiller son sujet...

           Argyris Sfondouris a 4 ans lorsqu'a lieu le massacre perpétré par les forces occupantes nazies. Il perd ses parents, son frère, (nourrisson éventré) et plus de 30 membres de sa famille. Envoyé dans un orphelinat où il dépérit, il "a la chance" d'être repéré par la Croix-Rouge qui l'envoie en Suisse, au village d'enfants Pestalozzi, où il se reconstruit psychologiquement, autant que faire se peut. Excellent élève, il fait des études supérieures et obtient un doctorat en mathématiques et astrophysique à l'EPF de Zurich.

     

    A propos des réparations et d'Argyris Sfoundouris

    Le petit Argyris avec ses grands-parents et sa petite sœur, traumatisée à vie par la perte de ses parents.

         Son opposition aux colonels lui vaut d'être interdit de séjour en Grèce : il obtiendra plus tard la nationalité helvétique. Le passé est toujours là, blessure inoubliable, et le désir d'une réconciliation aussi, laquelle ne peut passer que par la reconnaissance des crimes commis... Il se lance dans des recherches sur le massacre de Distomo, recherche des témoins et depuis vingt ans, il fait des conférences sur ce sujet en Grèce, en Suisse et en Allemagne et va à la rencontre d'hommes et femmes de "bonne volonté" prêts à relayer son discours et sa demande de reconnaissance de ce massacre comme crime de guerre.

          Sa rencontre avec le réalisateur suisse Stefan Haupt est déterminante et "produit" un documentaire bouleversant achevé en 2006 : Ein Lied für Argyris / Un chant pour Argyris. Ce documentaire a beaucoup circulé en Suisse, en Allemagne, en Grèce, mais ARTE s'est abstenu de le montrer. Il a été projeté pour la 1ère fois en France en décembre 2014, lors du Festival Jean Rouch, et en présence du réalisateur et de Sfondouris. Ce fut un moment très fort, très intense : Argyris Sfoundouris est une personnalité hors du commun.

          Ce dernier a été récemment invité par la chaîne allemande ZDF** dans une émission politico-satirique de 50 minutes et publique (die Anstalt) consacrée ce jour-là (21.03.2015) à la situation de la Grèce, la dette, les banques, l'avenir de l'Europe et les réparations : une démonstration par l'absurde de la non-pertinence des mesures d'austérité imposées, lesquelles loin de sortir la Grèce de la "crise" n'ont fait que l'y enfoncer.

          La 1ère partie se déroule dans une taverne grecque  où débarquent trois technocrates bien cravatés : leurs exigences aboutissent à la fermeture de la taverne. En toute fin d'émission, retour à la taverne grecque où se trouve un nouveau client, Argyris Sfondouris et l'entretien devient sérieux. C'est le principe de l'émission.

     

    A propos des réparations et d'Argyris Sfoundouris

         On peut trouver sur YouTube  les 15  minutes de cette émission fort décapante avec sous-titrage en grec. Désolée pour les non germanistes et les non hellénistes...

    Extraits avec sous-titrage en grec (début et fin de l'émission)

    Emission en allemand (en totalité et sans sous-titrage) 

    Ta NEA Commentaires  (article commentant l'émission - en grec)

    Sfoundouris TV grecque  (entretien post émission Anstalt) en grec...

    * La Grèce sous Hitler Mark Mazower Ed. Les Belles Lettres 2002

    ** ZDF 2ème chaîne de la TV nationale allemande...

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