• "Le monde poursuit sans fin son chemin...

    ... à travers le feu et les couteaux."

         Manos Hadzidakis (1925-1994) a composé la musique de la chanson Kemal à la fin des années 1960, à New-York, suite, raconte-t-il, à une rencontre et une conversation avec un jeune homme qui avait quitté son pays, pour des raisons politiques (du moins ce qu'il disait) et s'était réfugié aux USA. Le jeune exilé s'appelait Kemal. Prénom lourd et chargé de mémoire, avait songé Hadzidakis... À cette époque, le musicien travaillait avec le groupe New-York Rock and Roll Ensemble qui écrivit un texte en anglais. C'est bien plus tard que Nikos Gatsos (1911-1992) composa, en grec, un autre texte. Le disque parut en 1993.

          Cette chanson fit parler d'elle fin mai 2013 : une institutrice qui la faisait apprendre à ses élèves fut prise à parti par un parent d'élève qui l'accusa de "propagande islamique" , et sa directrice, loin de la soutenir, la réprimanda vertement, et déchira les photocopies.

            Il y a d'autres Kemal que Mustapha Kemal Atatürk... 

     

    Version originale avec Manos Hadzidakis (récitant) et  Aliki Kagialoglou (chant)

     

     

    Ακούστε την ιστορία του Κεμάλ
    ενός νεαρού πρίγκιπα, της ανατολής
    απόγονου του Σεβάχ του θαλασσινού,
    που νόμισε ότι μπορεί να αλλάξει τον κόσμο.
    αλλά πικρές οι βουλές του Αλλάχ
    και σκοτεινές οι ψυχές των ανθρώπων.

    Στης Ανατολής τα μέρη μια φορά και ένα καιρό
    ήταν άδειο το κεμέρι, μουχλιασμένο το νερό
    στη Μοσσούλη, τη Βασσόρα, στην παλιά τη χουρμαδιά
    πικραμένα κλαίνε τώρα της ερήμου τα παιδιά.

    Κι ένας νέος από σόι και γενιά βασιλική
    αγροικάει το μοιρολόι και τραβάει κατά εκεί.
    τον κοιτάν οι Βεδουίνοι με ματιά λυπητερή
    κι όρκο στον Αλλάχ τους δίνει, πως θ’ αλλάξουν οι καιροί.

    Σαν ακούσαν οι αρχόντοι του παιδιού την αφοβιά
    ξεκινάν με λύκου δόντι και με λιονταριού προβιά
    απ’ τον Τίγρη στον Ευφράτη, απ’ τη γη στον ουρανό
    κυνηγάν τον αποστάτη να τον πιάσουν ζωντανό.

    Πέφτουν πάνω του τα στίφη, σαν ακράτητα σκυλιά
    και τον πάνε στο χαλίφη να του βάλει την θηλιά
    μαύρο μέλι μαύρο γάλα ήπιε εκείνο το πρωί
    πριν αφήσει στην κρεμάλα τη στερνή του την πνοή.

    Με δύο γέρικες καμήλες μ’ ένα κόκκινο φαρί
    στου παράδεισου τις πύλες ο προφήτης καρτερεί.
    πάνε τώρα χέρι χέρι κι είναι γύρω συννεφιά
    μα της Δαμασκού τ’ αστέρι τους κρατούσε συντροφιά.

    Σ’ ένα μήνα σ’ ένα χρόνο βλέπουν μπρος τους τον Αλλάχ
    που από τον ψηλό του θρόνο λέει στον άμυαλο Σεβάχ:
    «νικημένο μου ξεφτέρι δεν αλλάζουν οι καιροί,
    με φωτιά και με μαχαίρι πάντα ο κόσμος προχωρεί»

    Καληνύχτα Κεμάλ, αυτός ο κόσμος δε θα αλλάξει ποτέ
    Καληνύχτα...

    **************

    (Βelle traduction de Projet Homère www.projethomere.com )

    Écoutez l’histoire de Kémal,
    Un jeune prince d’Anatolie,
    descendant de Sinbad le Marin
    qui pensait qu'on pouvait changer le monde.
    Mais bien amères sont les volontés d’Allah
    Et plus ténébreuses encore sont les âmes des hommes.

    Dans les contrées d’Anatolie, au temps jadis, advint un jour
    où les bourses furent vides et où l’eau devint saumâtre.
    A Mossoul et à Bassora, et dans la vieille palmeraie,
    Les fils du désert se mirent à pleurer, emplis d’amertume.

    Un jeune homme d’ascendance royale
    fut attiré en ces lieux par les gémissements qu’il y entendait.
    Les bédouins le regardèrent, les yeux pleins de tristesse.
    Alors, sur Allah, il leur promit que les temps allaient changer.

    Quand les seigneurs entendirent parler de la témérité de ce jeune homme
    Ils se mirent en route, portant dents de loup et peaux de lion.
    Du Tigre à l’Euphrate, sur terre et jusque dans le ciel
    Ils pourchassèrent le traître afin de le capturer vivant.

    Telles des chiens enragés, des hordes fondirent sur lui
    Et le traînèrent chez le Calife pour qu’il lui mette la corde au cou.
    Miel et lait noirs, ce fut tout ce qu’il but ce matin-là
    Avant de rendre son dernier soupir sur la potence.

    Avec deux vieux chameaux et un cheval rouge,
    Le prophète l’attendait à la porte du paradis.
    Main dans la main, ils se mirent en route, parmi les nuages
    Et l’étoile de Damas leur tenait compagnie.

    Au bout d’un mois, d’un an, les voici devant Allah
    Qui, du haut de son trône, s’adressa à l’insensé Sinbad :
    « Mon vaillant épervier, les temps ne changent pas
    Et le monde poursuit sans fin son chemin à travers le feu et les couteaux ».

    Bonne nuit, Kémal. Ce monde ne changera jamais.
    Bonne nuit…

    **************

    Alkinoos Ioannidis

    (Concert hommage à Nikos Gatsos pour les 100 ans de sa naissance)

     

     Manos Hadzidakis Reflections 1969 New-York Rock and Roll Ensemble

    (Un aspect de la carrière musicale de Manos Hadzidakis qui m'était totalement inconnu !)

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  • Commentaires

    1
    Marie-Joëlle Naulin
    Jeudi 17 Décembre 2015 à 19:45

    Merci, Madeleine, pour cette chanson magnifique, qui entre en résonance avec l'actualité, quand on songe au sort des dissidents dans les régimes théocratiques!

      • Jeudi 17 Décembre 2015 à 20:33

        Ce n'est pas un hasard, Marie-Joëlle, si elle m'est revenue en mémoire...

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    2
    michéle cadoret
    Dimanche 20 Décembre 2015 à 09:58

    Très belle interprétation aussi. J'aime beaucoup les deux vieux chameaux et le cheval rouge du prophète...

     

      • Dimanche 20 Décembre 2015 à 11:34

        Quel blasphème !...  Et la voix de Hatzidakis !

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