• Sphinge / Sphinx : précisions de genre !

         Les Grecs, découvrant le monde égyptien, se sont trouvés face à un univers étonnant et il leur a bien fallu nommer ces "étrangetés". Pour ce faire, ils ont ramené l'inconnu au connu, et recouru analogiquement à leur lexique.

         Ils ont donc appelé "sphinx"*ces statues monumentales de lions à tête d'homme (d'épervier ou de bélier) incarnant le Soleil, ou une divinité, voire un pharaon, les rapprochant des créatures fabuleuses de leur mythologie qui, elles, ont un buste et une tête de femme, et sont ailées. Le mot grec est donc FEMININ ! σφίγξ / sphinx 

         Par conséquent, lorsque le terme désigne les monuments égyptiens, le sexe est précisé. Hérodote, relatant dans le livre II  de ses Histoires son voyage en Egypte, écrit "androsphinx" / ανδρόσφιγγας / mâles-sphinges sur le modèle de "androgyne". Concernant la mythologie grecque, l'appellation juste est donc : la/une sphinx ou la/une sphinge, cette dernière forme étant la plus usitée pour éviter toute confusion avec le sphinx égyptien.

         La sphinge est très souvent représentée en frise sur le col ou la panse des vases, ou en statue perchée sur une colonne, tournant la tête et semblant veiller sur les lieux. Ce motif de la sphinge est d'origine orientale.

     

    Sphinge : précisions de genre !

    Musée du Céramique à Athènes, env. 600 av. J.-C. (Photo M.R.)

     

    Sphinge : précisions de genre !

      

    Sphinge : précisions de genre !

    Musée Archéologique National d'Athènes (Photos M.R.)

     

       Etymologiquement, sphinge est à rapprocher du verbe sphingô / σφίγγω qui signifie : étrangler, serrer (cf muscles sphincters)

        Dans la mythologie grecque, la Sphinge, l'Etrangleuse, est étroitement liée au mythe d'Oedipe. Elle se tient à l'entrée de la ville de Thèbes, en gardienne des lieux, et met à mort, par strangulation, tous les étrangers qui ne peuvent répondre à sa fameuse énigme  : "Il est sur la terre un être à deux, à  quatre, à trois pieds, dont la voix est unique. Seul il change sa nature parmi ceux qui se meuvent sur le sol, en l'air et dans la mer. Mais quand il marche en s'appuyant sur plus de pieds, c'est alors que ses membres ont le moins de vigueur." 2, 4 et 3, dans cet ordre "boiteux", et non dans l'ordre "biologique".

        Œdipe donne la bonne réponse "l'homme", et la machine infernale de l'oracle "Tu tueras ton père et coucheras avec ta mère" se met alors en marche, inexorablement...

         La rencontre d'Oedipe avec la Sphinge est souvent représentée sur les vases antiques : le monstre est perché sur un pilier, et Œdipe l'interroge. Cette scène a été superbement représentée par Ingres dans le tableau Œdipe et le (sic) Sphinx (1808 et repris en 1827), tableau aujourd'hui exposé dans la Galerie du Temps du musée Louvre-Lens.

     

    Sphinge : précisions de genre !

      

         La féminité de la Sphinx ne fait aucun doute ! Très intéressants les détails du coin gauche : les ossements des passants qui ne surent répondre, et surtout, le pied gauche, encore "frais" ! Précision géniale du peintre, car, comme l'a montré Jean-Pierre Vernant, l'histoire d'Œdipe, c'est essentiellement une "histoire de pieds et de boiterie" ! Trop long pour être développé ici : dans un article "oedipien", à venir...

          Freud avait une reproduction de ce tableau dans son bureau. 

     M.R.

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  • Commentaires

    1
    FAB
    Dimanche 28 Septembre 2014 à 18:03

    Très très intéressant cet article qui remet les choses les choses en place .


    mer ci Madeleine, je sais que tu avais l'intention de l'écrire depuis longtemps.Tu m'en avais parlé ....à Batz sur Mer!!!!

    2
    Dimanche 28 Septembre 2014 à 21:33

    C'est vrai, Fabienne, que j'avais cet article en tête depuis très, très longtemps ! Il fallait trouver l'occasion, et quelle occasion que la porte aux Sphinges !

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