Il est bien trop retors pour ne pas avoir d'autres idées derrière la tête dans son dépit de ne pas obtenir de l'UE tout ce qu'il demande, et sans doute fourbit-il ses armes pour le cas où il serait question d'un Etat Kurde, auquel cas il demanderait des compensations...
Un peu d'histoire, sans rentrer dans tous les détails.
Le Traité de Sèvres signé le 10 août 1920 met un terme à la Grande Guerre du côté oriental, le Sultan s'étant en effet rangé du "mauvais" côté. L'Empire Ottoman, "l'homme malade de l'Europe", qui n'a cessé de perdre des territoires depuis la création de l'Etat grec, va être bien diminué : entre autres il doit céder à la Grèce la Thrace Orientale, Smyrne et sa région, les îles de l'Egée Orientale. Sont aussi prévus une grande Arménie et un Turkistan autonome.
Mais, l'année suivante, tout bascule : d'une part Venizélos qui avait les faveurs des Alliés n'est pas réélu, et d'autre part, Mustapha Kemal devient le nouvel homme fort de la région avec lequel il faut compter d'autant qu'il a pour soutien financier et logistique la Russie bolchevique. L'armée grecque qui s'est lancée sans véritable préparation dans une campagne militaire pour conquérir l'Anatolie intérieure perd ses appuis occidentaux, impressionnés par Kémal, et subit une défaite sans précédent à Sangarya en août 1921 puis c'est l'incendie de Smyrne en septembre 1922, la fin de la Grande Idée et Mustapha Kemal peut imposer ses conditions.
Le Traité de Sèvres est remplacé par le Traité de Lausanne ratifié le 24 juillet 1923, suite à de très longues négociations : Mustapha Kemal avait pris soin au préalable de faire abolir le Sultanat en novembre 1922 de façon à être le seul représentant de la Turquie. Quelle victoire ! La Thrace Orientale, les îles d'Imbros et de Ténédos et la côte de l'Anatolie occidentale avec Smyrne reviennent à la Turquie. Les îles de Limnos, Samothrace, Mytilène, Chios, Samos et Ikaria, qui avaient été cédées à la Grèce rn 1913 à l'issue des guerres balkaniques lui restent., Rhodes et les îles du Dodécanèse occupées par les Italiens depuis 1912 leur sont cédées (elles ne deviendront grecques qu'en 1945).
En outre, une première dans l'histoire, l'échange des populations grecque et turque (ou "nettoyage ethnique") est diplomatiquement posé, imposé et appliqué sans délai.
MAIS ce Traité, traité international dont les signataires étaient britanniques, français, italiens, japonais, grecs, serbes, croates et slovènes) ne concerne pas que les frontières gréco-turques, il délimite également celles du Sud (Syrie) et celles de l'Est, c'est-à-dire les frontières avec des territoires majoritairement arabes, sous domination britannique ou française, ce qu'Erdogan semble oublier...
Tout à son obsession d'effacer l'héritage (laïc) de Kemal Atatürk, il considère le Traité de Lausanne comme une incommensurable défaite car les îles égéennes les plus proches de la côte turque ne sont pas revenues à l'Etat turc.
Les autorités grecques ont plutôt fait profil bas jusqu'à présent pour éviter une escalade, dans les propos tout au moins.
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Dessin de Makris dans Kathimerini du 30.09.2016
Erdogan, en Sultan, demande à son vizir (?!) : "Le Traité de Lausanne n'a t-il pas eu lieu après la chute de l'Empire Ottoman ? - Si, Sultan. - Donc, il n'existe pas."
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Dessin de Marakos dans Ethnos du 03.10.2016
Entretien téléphonique (encore) imaginaire

Pancarte avec Egée et une note : aperçus sur les îles de l'Egée. Erdogan : "Oui, Madame Merkel, j'ai une proposition pour une solution définitive de la question des réfugiés : et les réfugiés restent sur le territoire turc, et on corrige ainsi les injustices qui nous ont été faites par le Traité de Lausanne."