L'œillet est la fleur par excellence du 1er mai, portée à l'oreille, épinglée sur le vêtement, tenue dans la main, et les couronnes officielles déposées dans les lieux symboliques, comme ci-dessous, à Lavrio (Attique), au pied de la statue érigée à la mémoire de tous ceux qui furent déportés dans l'île de Makronissos et de leurs familles.
Le rouge des oeillets rappelle le sang des victimes des répressions exercées lors des 1er Mai, et en particulier celui des 200 prisonniers communistes qui furent abattus par les nazis le 1er Mai 1944 au Champ de tir de Kaisariani (Athènes) en représailles de la mort d'un général allemand et de trois de ses officiers tombés dans une embuscade que leur avait dressée la Résistance grecque, près de Sparte, fin avril 1944.
Ces hommes étaient incarcérés dans le plus grand camp de concentration établi par les nazis en Grèce, dans la banlieue d'Athènes, à Haïdari / Χαϊδαρι. La terreur qui régnait à l'intérieur du camp visait également à terroriser la population des alentours.
Le 30 avril, la rumeur de l'exécution de 200 prisonniers pour le lendemain, commença à se répandre, mais lesquels des prisonniers ? Le matin du 1er mai, ils furent tous rassemblés et le commandant du camp Fischer fit l'appel des condamnés à mort, lesquels se rangèrent près des cuisines pour être conduits à Kaisariani.
Plus d'une centaine de ces condamnés communistes étaient des Ananafpliotes, c'est-à-dire, qu'ils avaient été incarcérés auparavant dans la terrible prison de Nauplie sise tout en haut du roc qui domine la ville et que l'on appelle l'Akronauplie. Les autres étaient des Anafiotes, exilés sur l'îlot Anafi. Ils étaient considérés comme étant les plus "nocifs et nuisibles", et c'est la raison pour laquelle ils avaient été transférés à Athènes. Ils se mirent alors à danser et à chanter l'Hymne national et le chant de l' Akronauplie devant les Allemands éberlués et stupéfiés. Leurs camarades, bouleversés, firent leur possible pour retenir leurs pleurs.
Ils furent embarqués par groupes de 20. Certains d'entre eux qui avaient réussi à écrire quelques mots d'adieu à leur famille sur un papier, lancèrent ces messages en chemin. Cf. ce mot laissé par le résistant Nikos Marianakis, ingénieur agronome originaire de Hania (Crète).
Καλύτερα να πεθαίνει κανείς στον αγώνα για τη Λευθεριά, παρά να ζει σκλαβός.
Mieux vaut mourir pour la Liberté plutôt que de vivre asservi.
Arrivés sur le champ de tir, ils furent exécutés immédiatement, toujours par group de vingt, et les chaque groupe avait pour charge de creuser une fosse pour les précédents...
Le premier geste officiel d'Alexis Tsipras a été, le 26 janvier 2015, au lendemain de la victoire électorale de Syriza, de se rendre sur ce lieu et d'y déposer des œillets.